Marcelle, celle qui aimait les chats
- valerieamoreau
- il y a 2 jours
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Native d’un petit village des Ardennes, Marcelle n’a pas connu son père éclusier, mort trop tôt pour la prendre dans ses bras. Et quand les Allemands menacent, sa mère et sa grand-mère prennent la route à pied avec les enfants en bagage pour rejoindre la France dite libre. Marcelle fait le voyage en landau. Après la ligne de démarcation, tout ce petit monde est embarqué dans un train. Direction Tarascon-Sur-Ariège puis Vicdessos, leur destination finale. La vie peut enfin commencer pour ce bébé de quatre mois que les habitants du pays surnommeront tendrement « la petite réfugiée ». A la suite d’une enfance rieuse et malicieuse, diplôme en poche, la jeune femme choisit d’exercer son métier d’aide-soignante à l’hôpital public. Son crédo, le travail de nuit auprès des personnes âgées. « La nuit on avait un peu de temps pour parler avec les malades, de leur faire du bien en les écoutant ». Alors quand sonne l’heure de la retraite, pas question pour elle de baisser les bras. Elle s’engage auprès des sans-abris, leur offre le café pour les réchauffer. Elle a toujours dans les poches un petit biscuit pour leurs chiens. « Ils ont bien droit à un peu de réconfort eux aussi ! » Chez elle ils peuvent prendre une douche, se reposer un peu. Et si l’un d’eux est « pris par la police », elle garde les chiens pour leur éviter la fourrière. Et puis parfois, les hommes ne reviennent pas alors, elle adopte les chiens. « J’en ai eu sept qui sont restés ici » dit-elle fièrement. Un personnage de roman Marcelle !
Ma rencontre avec cette figure tarasconnaise a été rendu possible grâce à l’intervention de Audrey et Grégory, un couple sensible avec qui j’ai la chance de travailler. Je cherchais dans le cadre de l’association Des Pattes et Du Cœur à soutenir une action en faveur des animaux. Je pensais, naïve, donner un coup de pouce financier pour honorer mon engagement et probablement sans doute aussi pour m’acheter un petit bout de conscience. Quelle bêtise ! J’ai découvert un monde incroyablement riche d’humanité qui avait besoin de bien plus.
Quand je fais la connaissance de Marcelle, elle arbore le gilet des bénévoles de la Croix Rouge lors d’une de ses permanences à l’agence locale (et oui, ça aussi !). Ce petit bout de bonne femme de 86 ans me parle des chats dont elle s’occupe avec bienveillance et détermination. « Ce sont mes chats et même si personne ne m’aide, je continuerais de les aider. Je n’ai pas d’association et je paye tout avec ma retraite. C’est comme ça. » Dont acte, il me faudra la revoir plusieurs fois pour écouter, comprendre, tenter de l’apprivoiser et me laisser adopter, comme les chats qu’elle nourrit, stérilise, tatoue et même soigne quand c’est possible, « quand les sous ne manquent pas trop ».
Alors bien sûr, elle n’est pas toute seule, mais la chaine de solidarité qui l’entoure est fragile, précaire. Une fois par semaine sa fille la conduit au supermarché faire le plein de boites pour les petits félins parce que « c’est trop lourd pour moi maintenant ». Et si sa fille avait un empêchement ? La commune ne déloge pas les niches vétustes qui servent d’abris aux chats. Mais il n’y a aucun accord. Et si demain un élu zélé voulait débarrasser tout ce bazar pas très joli du sentier de la vieille ville ? A ce jour, la commune assure les frais de stériliser mais là encore, jusqu’à quand ? Pascal, le garde-champêtre prend sur son temps pour amener au refuge de Mirepoix les chatons abandonnés par des humains malveillants, « pour qu’ils aient plus de chance d’être d’adoptés. » Mais pour combien de temps ? Côté vétérinaire c’est un vrai casse-tête, quand elle a rendez-vous, ce n’est pas sûr qu’elle puisse attraper le chat malade et quand elle y parvient, à force de patience, elle n’a pas de rendez-vous. Le chantier est énorme pour sécuriser ces sauvetages…
Mais pour Marcelle peu importe. Tous les matins, à 8 heure tapante, elle franchit la passerelle métallique qui enjambe l’Ariège, elle gravit le petit chemin escarpé avec son chariot de courses. Dedans du riz mélangé à de la pâtée et aussi parfois des foies de poulets, du thon, des sardines. Elle remplit toutes les gamelles de fortune. « Je leur sers un repas tiède en hiver pour les réchauffer un peu. » Elle prend le temps de les apprivoiser « des fois qu’il faille les attraper pour les porter chez le vétérinaire. Et puis ils ont besoin de câlins, de bisous. »
Un samedi par elle « fait caddie à l’Intermarché ». Entendez par là, qu’avec l’accord du directeur de l’enseigne, elle passe la matinée à demander à des gens affairés qui rentrent et qui sortent un don de croquettes ou de friandises pour ses petits protégés. Ici aussi, elle a besoin d’être accompagnée. « On se fait toujours insulter mais moi je réponds merci et bonne journée. »
Sa plus grande inquiétude, c’est l’après elle. « Personne ne veut faire ce que je fais ». Fatalement, l’objectif est la réduction de « la colonie » car un jour, Marcelle ne pourra plus. Mais pour l’instant, Princesse, Perle, Minette, mamounette et la dizaine d’autres sont protégés. Ils ne vivent peut-être pas au paradis mais ils ont une « maman chat » qui maintenant va pouvoir compter sur nous tous.
Alors pour le côté pratique :
La Forge d’Espy met en place les locations solidaires. Pour chaque semaine louée au mois de septembre, nous investirons 100 euros (la priorité cette année sera de réparer ou même de changer les niches qui accueillent les chats).
Audrey et Grégory porteront à Marcelle tout ce que les locataires voudront bien laisser en quittant le gîte (la priorité « du manger » comme dirait Marcelle). Ils sont aussi d’accord pour recevoir des colis de nourriture à leur domicile et de faire le relais.
Des discussions s’engagent déjà avec la probable nouvelle municipalité pour garantir le projet (encore grâce à Audrey et Grégory).
Il reste encore beaucoup de choses à faire mais petit à petit, patte après patte, nous réussirons à offrir à Marcelle et ses chats plus de sécurité, plus de confort et plus de sérénité.
Merci d’avance à tous pour votre aide.
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